Abstention sur la loi sécurité et terrorisme: Mon explication dans l’Obs

Paul Molac, député LREM : « La loi antiterroriste ne donnera pas plus de sécurité »

Cet élu du Morbihan est l’un des quatre députés macronistes à s’être abstenu de voter le projet de loi antiterroriste. Il s’en explique à « l’Obs ».

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L’Assemblée nationale a largement voté mardi le projet de loi antiterroriste, qui doit prendre le relais de l’état d’urgence au 1er novembre. Le texte, censé renforcer « la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme« , a été approuvé en première lecture par 415 voix contre 127, et 19 abstentions. Paul Molac, élu de la 4e circonscription du Morbihan, est l’un des quatre députés de la République en marche à s’être abstenu. Il s’en explique à « l’Obs ».

Pourquoi vous êtes-vous abstenu ? 

Pour un ensemble de raisons. D’après moi, le gouvernement devrait plutôt insister sur ce qu’il fait concrètement contre le terrorisme. Il y a la sécurisation des manifestations par exemple, avec nos pompiers, nos policiers, nos gendarmes. Toutes les manifestations sont aujourd’hui sécurisés par nos forces de l’ordre. Ensuite, il y a l’opération Sentinelle, qui n’est pas aussi inutile que certains le prétendent. C’est elle qui a permis d’arrêter l’homme qui a tué deux femmes ce dimanche à Marseille. Il y a aussi l’augmentation des effectifs dans nos services de renseignement et le retour de la police du quotidien, cette police qu’on avait supprimé dans les quartiers, et qui est très importante pour signaler les cas de radicalisation et prévenir les passages à l’acte. Et puis il y a la guerre que l’on mène en Syrie et dans la zone sahélienne, où l’on aide les populations locales à se débarrasser du djihadisme. Tout ça, c’est du concret.

Il n’y avait donc, selon vous, pas besoin d’une nouvelle loi antiterroriste ?

Nous avons déjà connu l’état d’urgence. On peut tous faire le même constat : ça n’empêche pas les attentats. Sous la précédente mandature, un rapport parlementaire avait d’ailleurs conclu que l’Etat d’urgence avait été utile pendant trois mois mais qu’après, le droit commun suffisait. Et maintenant on nous dit : « Il faut mettre l’Etat d’urgence dans la loi ». Je crois que le droit commun, renforcé par les mesures votées durant le précédent quinquennat, suffit amplement. Cette loi ne donnera pas plus de sécurité. Et si demain, elle était utilisée par un pouvoir autoritaire, cela pourrait aboutir à brimer les libertés des Français.

Quelles mesures par exemple ? 

Les assignations à résidence. Avec cette loi, le ministre pourra attendre six mois avant de devoir apporter des éléments nouveaux pour prolonger une assignation à résidence. C’est une question de principe, cette loi renforce le pouvoir du ministre de l’Intérieur et des préfets au détriment des juges. C’est à mon sens une confusion des pouvoirs. Ça ne me paraît pas utile pour protéger les Français, mais peu efficace, voire néfaste. Depuis le début de l’Etat d’urgence, certaines perquisitions ont eu lieu alors qu’elles n’étaient pas justifiées. Je me souviens d’une qui avait visé un militant écolo en Dordogne. Le ministère de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait reconnu que c’était scandaleux, qu’un préfet avait fait du zèle.

Avez-vous pu exprimer cette position au sein du groupe de la République en marche ?

Je n’ai pas pu me rendre à la dernière réunion de groupe pour cause d’auditions à mener. Et c’est un peu compliqué de débattre à 300. Je ne me considère pas comme un « frondeur ». Avec mes collègues députés, nous détenons collectivement le pouvoir législatif et j’en fais usage. Je ne tacle pas le gouvernement. Je ne prétends pas détenir la vérité comme Guillaume Larrivé et Eric Ciotti à droite ou Ugo Bernalicis à gauche, je fais simplement mon métier. Mais si une loi pouvait suffire à régler le problème du terrorisme, ça fait longtemps qu’on l’aurait trouvée.

Propos recueillis par Rémy Dodet