Entretien dans Ouest-France sur le début de mandat

Paul Molac : « Je ne suis pas le VRP du gouvernement ! »

Rapidement après son élection, le député du Morbihan, Paul Molac, a pris des distances avec le gouvernement. Se sent-il toujours dans la majorité présidentielle ? Il nous répond.

Entretien

Vous avez été le premier député En Marche élu dès le premier tour dans le Morbihan. Quelques mois et des prises de position contestataires après… Êtes-vous toujours un marcheur ?

J’ai fait campagne en disant que je serai dans la majorité présidentielle, pas de La République en Marche. J’ai été dans l’autre majorité sans être au Parti socialiste et j’ai été dans un groupe écolo sans être Europe Ecologie – Les Verts. Jo Kerguéris (N.D.L.R. ancien sénateur et président du conseil général) disait : « je ne fais pas de politique je fais de l’action publique ! ». C’est comme cela que je vois les choses. Quand j’ai été élu, certains m’ont demandé si j’allais voter tout ce que voulait Macron. J’avais répondu que si une mesure n’était pas bonne, je ne la voterai pas. C’est toujours mon état d’esprit.

Entre les mesures concernant la politique agricole commune (Pac), les emplois aidés… et l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) , le fossé n’est-il pas en train de se creuser entre la majorité présidentielle et vous ?

Mon rôle est de faire passer des messages et dire quand les choses ne vont pas plutôt que laisser le gouvernement s’enferrer dans des mesures qui peuvent être mal comprises. Les grands principes et la théorie, c’est gentil, mais moi je suis dans le réel et je veux jouer ce rôle d’interface entre le pouvoir et les citoyens. Je suis un peu un lanceur d’alertes et je pense qu’au fond, cela rend service au gouvernement.

Entre lancer des alertes et être en désaccord profond, il y a une différence non ?Je ne suis pas en désaccord profond. Au contraire. Mais je ne suis pas le VRP du gouvernement. Vous savez, c’est culturel, on appuie sur ce qui ne va pas et on ne dit rien sur ce qui va bien.

Alors parlons de ce qui va bien ?Sur la philosophie générale, je me retrouve dans la politique voulue par le président. Quand une mesure consiste à alléger les cotisations du travail pour les faire basculer sur la contribution sociale généralisée (CSG), j’approuve. Cela fait longtemps qu’on aurait dû alléger le travail pour prendre plus sur la rente. C’est une très bonne idée de vouloir sécuriser ceux qui travaillent. Sécuriser les PME et les artisans qui sont aujourd’hui en état de faiblesse, c’est un autre point d’accord. Quant aux emplois aidés, le gouvernement a revu sa copie.

La réforme de l’ISF en revanche semble vous irriter ?Franchement, je pense qu’on aurait pu s’en passer. Favoriser l’outil de production qui nous permet d’avoir du travail, oui, mais donner de l’argent aux riches, non ! Si le président Macron pense qu’il peut emmener les Français là où ils ne peuvent pas aller, cela risque d’être difficile.

Et dans la série, vous n’avez pas voté le projet de loi antiterroriste…C’est une loi qui ne sert à rien. Des attentats il y en aura d’autres. On ne peut pas lutter contre un malade qui a décidé de prendre un couteau ! Quand cela se reproduire on dira quoi au gouvernement ? Que leur loi n’est pas efficace et qu’il faut en faire une autre ! Or la solution est de dire qu’on fait ce qu’on peut : on protège les lieux publics, les manifestations, il y a l’opération sentinelle… et à l’extérieur il y a la guerre que l’on mène au Sahel, en Irak et en Syrie… on voit bien que cela porte ses fruits.

Le retour de la police de proximité vous semble en revanche plus adapté ?La police de proximité est primordiale. La seule façon d’avoir une idée précise de ce qu’il se passe est d’avoir du renseignement de proximité. C’est dans les quartiers qu’on voit qui est radicalisé ou pas. On fait des choses très utiles et en parallèle, on communique sur une loi dont un rapport parlementaire a déjà dit que cela n’était pas nécessaire.

La communication est un élément essentiel… Voilà un autre point sur lequel le président semble vous exaspérer parfois ?Il y a un problème de communication. Vouloir dire qu’on veut réformer est une chose, le dire avec des mots inadaptés en est une autre. Parler de bordel, de fainéants… Quand on est président, on doit jouer sur une cohésion, ne pas crisper. Je ne me permettrai jamais de dire des choses comme cela. Pour des classes populaires, être traités de fainéants, c’est très fort. Chez nous, c’est une condamnation sans appel. Cela risque de brouiller le message principal et d’amener des gens à basculer dans une opposition parce qu’ils sont choqués par la forme plus que par le fond. Donc, privilégions le fond !

Mais les Français ne sont-ils pas trop difficiles à emmener parfois ?Le penser ce serait s’avouer vaincu. Je crois que les Français veulent des réformes même s’ils renâclent quand ça les embête. Pour les retraités et la CSG par exemple, j’aurais pu recevoir des tas de doléances. Or je n’en ai quasiment pas eu. S’il y a une cohérence et si les gens pensent que c’est juste, cela peut être accepté.

Il n’empêche que dès le début de votre mandat, vous avez voulu créer un groupe parlementaire… Avez-vous des velléités de fronde ?Être dans un grand groupe, c’est compliqué à gérer alors qu’être dans un petit permet plus de liberté. Pour que cela puisse se faire, il faudrait 15 députés, attachés aux territoires de préférence, notamment ruraux. C’est toujours quelque chose qui me tient à cœur. Mais s’il voyait le jour, ce groupe ferait partie de la majorité présidentielle. Je ne suis pas un frondeur puisqu’au global, je suis en accord avec Macron.

Vous êtes quand même plus social que le président ?Oui, mais je reste persuadé que pour faire de la redistribution, il faut faire de la richesse. Et ce sont les entreprises qui le font ! Avec les salariés…

On vous croyait au bord de la rupture et vous êtes finalement un député heureux…Dans ce pays centralisateur, un régionaliste ne peut pas être pleinement épanoui ! Mais après les primaires de droite et de gauche, j’ai pensé que le seul qui tenait la route, c’était Macron. Et je le pense toujours ! Mais si on veut que la politique fasse rêver, il faut dormir ! Moi, je veux qu’elle soit en contact avec le réel.

Quel regard porte le régionaliste que vous êtes sur le rêve d’indépendance de la Catalogne ?

La France prend la position de tous les États nation. Je ne suis pas étonné. À partir du moment où les Catalans veulent rejoindre l’Europe, cela ne me gêne pas. Je crois au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En France, on ne reconnaît qu’un peuple. Donc, c’est plus simple. Mais au fond, la véritable question est le rôle de la péréquation entre les régions riches et les pauvres. En France, nous devrions nous en occuper parce qu’ici, ce sont souvent les régions les plus riches qui ont les plus fortes dotations !

Mais le référendum des indépendantistes est illégal…Le Serment du Jeu de paume ou la prise de la Bastille étaient aussi totalement illégaux ! Quand des peuples ne se sentent pas bien dans l’État dans lequel ils sont, quelle réponse démocratique peut-on apporter ? Il y a deux manières de voir les choses : soit on le gère, soit on risque d’avoir à gérer des conséquences désagréables. Bientôt, il y aura un autre sujet avec l’Écosse. Les États nations sont incapables d’imaginer l’après État nation. Pourtant, cela va arriver un jour. C’est la roue historique.

La roue historique selon vous, c’est la construction d’une nouvelle Europe ?Il faut dès à présent envisager l’Europe de demain ? La France fut une grande puissance économique, mais c’est terminé ! Il suffit de regarder le budget pour l’admettre ! On veut mettre 2 % dans l’armée, mais jusqu’à quel point ce sera tenable ? La France est le dernier pays d’Europe qui a une armée capable d’aller dans certains théâtres d’opérations extérieures. Les Britanniques ont abdiqué. Alors, à quand une armée européenne ? Effectivement on peut le voir comme une perte de pouvoir. Mais à un moment donné, il va bien falloir être efficace !