La France de la diversité régionale vote Emmanuel Macron

Si la campagne présidentielle de 2012 fut marquée par les questions de décentralisation et de rapports entre l’Etat et les collectivités – on se souvient de « la décentralisation mère des réformes » de François Hollande – on ne peut pas dire que le thème soit au cœur de cette campagne de 2017.

Dans cette indifférence, voire la franche hostilité de la part de certains candidats à la régionalisation, les propositions d’Emmanuel Macron donnent une vision d’avenir, d’une organisation territoriale rénovée. Il propose de changer la constitution pour permettre une décentralisation différenciée qui s’adapte au territoire.

  • François de Rugy Député, Président du Parti Écologiste, candidat écologiste à la primaire de la gauche
  • Paul Molac Député régionaliste du Morbihan

Si la campagne présidentielle de 2012 fut marquée par les questions de décentralisation et de rapports entre l’Etat et les collectivités – on se souvient de « la décentralisation mère des réformes » de François Hollande – on ne peut pas dire que le thème soit au cœur de cette campagne de 2017. Sans doute faut-il y voir l’échec du quinquennat en la matière. Une séquence qui avait commencé par l’affirmation de métropole (loi MAPTAM), qui s’est poursuivie par une fusion forcée des régions. Cela a abouti bien souvent à des régions sans âme, sans cohérence, incapables d’avoir un projet commun pour leur territoire, une perspective commune à leurs habitants. Quoi de semblable en effet entre le projet régional pour un habitant de Strasbourg et celui de la Champagne occidentale qui habite à quelques encablures de la grande métropole Parisienne? Alors que l’on sait que la taille est moins importante que la cohérence et la volonté de travailler ensemble, on a fait des régions, des monstres technocratiques aux noms très évocateurs comme le Grand Est ou les Hauts de France…

Une exception, l’Ouest, où pour les raisons que l’on sait, et l’influence de Le Drian, la carte n’a pas été modifiée bien que beaucoup de Bretons soient favorables à une région recouvrant intégralement leur région historique, à cinq départements.

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La loi NOTRe fut un compromis de plus entre départementalistes, métropolistes et régionalistes, avec il est vrai un léger avantage pour ces deux dernières catégories. Cette régionalisation totalement inaboutie où l’on refuse de faire confiance aux peuples qui composent la France est encore beaucoup trop marquée par la vision technocratique d’un État jacobin qui consent tout juste à une certaine forme de déconcentration. Pourtant, une plus grande liberté pour les territoires, en particulier au niveau réglementaire, est une nécessité pour nous adapter à des réalités différentes. C’est ce que les citoyens, acteurs économiques, sociaux, associatifs et élus demandent tous les jours.

Si on regarde de près les programmes des candidats à la présidentielle, on constate qu’il existe de vrais clivages sur ces questions de décentralisation.

Peu de Français le savent, mais Marine Le Pen a par exemple inscrit à son programme la suppression pure et simple des régions! La France subirait non seulement la négation de sa diversité régionale et de ses particularismes mais aussi une vague de recentralisation sans équivalent.

François Fillon, qui met parfois en avant son expérience d’élu local, s’inscrit en fait dans la tradition d’une droite bonapartiste, contrairement à ce que proposait Alain Juppé par exemple. Il s’est toujours exprimé pour un Etat centralisé et uniformisateur, ne reconnaissant aucune diversité y compris linguistique.

Par bien des aspects, Jean-Luc Mélenchon a mis ses pas dans ceux de Jean-Pierre Chevènement. Ces dernières années, il a même pris sa plume pour écrire aux députés – la seule fois où il l’a fait!- pour leur demander de ne pas ratifier l’inoffensive charte européenne des Langues minoritaires. Il fait malheureusement preuve d’une grande constance en la matière, qui tourne parfois à l’obsession anti-régionale.

Enfin, Benoît Hamon, qui revendique parfois ses origines bretonnes, s’est peu exprimé sur ces sujets. Bizarrement, le député Hamon n’a pas daigné signer la loi sur les langues régionales pourtant présentée par des députés de son groupe en 2016. Il ne s’est jamais exprimé en faveur d’une nouvel élan de décentralisation et semble se situer dans la lignée de cette gauche pour qui l’égalité vient de l’uniformité forcée.

Alors dans ce concert, le candidat Macron joue l’outsider dans bien des domaines. Il est le seul qui soit ouvert sur ces questions. D’abord parce qu’il reconnaît la diversité française. Ensuite, parce qu’il fait de la confiance aux acteurs de terrain plutôt qu’aux mesures décrétées d’en haut un axe fort de sa méthode de gouvernement. On retrouve cette approche en matière d’économie, de transition énergétique, mais aussi d’éducation, d’enseignement supérieur, de culture…

Dans ses propositions, on retrouve un certain nombre de changements concrets: il propose par exemple de réduire d’un quart le nombre de départements en les fusionnant avec les métropoles là où elles existent. C’est ce qui a été fait avec succès avec le département du Rhône et la métropole de Lyon. Le maintien d’une collectivité départementale dans les départements dits ruraux, peut avoir sa cohérence. Avec cette proposition, Emmanuel Macron accepte clairement l’idée d’une décentralisation différenciée autrement dit qu’il n’est pas pertinent d’appliquer la même organisation à tous les territoires

Dans la même logique, il s’est exprimé très clairement, le 7 avril dernier, en faveur de l’évolution actuellement en cours en Corse, où les départements vont être fusionnés avec la région, qui constitueront ainsi une collectivité unique plus forte et plus solidaire.

La même approche pourrait demain être mise en œuvre en Bretagne, mais aussi en Alsace, voire en Savoie. La Bretagne et l’Alsace comptent des métropoles: l’échelon départemental y est ainsi de fait mis en question. Il y existe par ailleurs une volonté de créer ou de recréer une collectivité régionale autonome, unique, dotée de davantage de compétences pour conduire des projets de territoire sans passer par la tutelle de Paris,

Dans son discours en Corse le 7 avril dernier, Emmanuel Macron s’est montré ouvert à cette décentralisation différenciée en tirant les enseignements de la Collectivité Territoriale unique de Corse. Sans cacher la difficulté d’une telle procédure du fait des positions souvent conservatrices du Sénat, Emmanuel Macron a clairement indiqué qu’il était prêt à engager une modification de la constitution pour déverrouiller la décentralisation.

La question est simple: veut-on faire confiance à l’intelligence collective des territoires? Quand on voit l’inefficacité des services centraux, des ministères parisiens, qui sont incapables de s’adapter aux réalités locales et qui ne cessent de produire de la norme inapplicable sur le terrain, n’est-il pas temps de donner une partie du pouvoir réglementaire aux régions?

Notre conviction est affirmée: régionaliser aujourd’hui, c’est rendre l’action publique efficiente, c’est aussi respecter les citoyens dans leur diversité. C’est ce qui fait la force de la République française. C’est ce que nous retrouvons dans la démarche d’Emmanuel Macron.

La France de la diversité régionale vote Macron. REUTERS/Thomas Samson/Pool