Scandale des lasagnes à la viande de cheval

Interview de Paul Molac. L’Express 12/02/2013.

La découverte de viande de cheval dans des produits surgelés censés contenir du boeuf pose la question de la spéculation sur les matières agricoles. Un amendement PS sur ce sujet a justement été rejeté par le gouvernement la semaine dernière. Explications.

Quelle est la différence entre un paquet d’actions, un baril de pétrole brut, une tonne de cuivre, de blé ou de viande de bœuf ? Aucune, pour les traders, ce sont autant d’occasions de spéculer. La révélation de la présence de viande de cheval dans des plats surgelés de la marque Findus en lieu et place de viande de boeuf a ainsi mis en lumière l’existence d’une étrange profession : trader de viande.

Dans ce cas-là, un trader néerlandais a dégoté ce qu’il pensait être du boeuf dans un abattoir roumain pour le compte d’un trader chypriote, qui lui-même était mandaté par un fournisseur français, Spanghero. Vous suivez ? Le député EELV Paul Molac, ancien agriculteur, a, lui, un peu de mal : “Ce qui est surprenant, c’est la complexité du parcours pour gagner quelques centimes. La grande distribution ne se soucie même plus des fournisseurs. La finance est entrée dans les circuits alimentaires, c’est complètement aberrant.

Yves Jégo, député UDI de Seine-et-Marne, n’en revient pas non plus : “On assiste à une marchandisation de l’alimentaire comme n’importe quel produit. Or, si les marchés financiers ont été régulés, il faut réguler ce secteur aussi.” Auteur d’un rapport sur la traçabilité en 2010 et fondateur du label “Origine France garantie”, Yves Jégo voudrait aller plus loin : “Il faut mettre en place une traçabilité complète pour tous les produits. Sur le paquet de lasagne, il faudrait inscrire ’viande de Roumanie’ et ’sauce tomate de Chine’ ou de je-ne-sais-où, ça frapperait le consommateur.

“Il faut une AMF de l’agro-alimentaire”

Au-delà de la question de l’origine des aliments, le député centriste pose une autre question : celle de la spéculation financière sur les produits agro-alimentaires. “Il faut une loi de sécurité agro-alimentaire et la création d’une Autorité des marchés alimentaires, sur le modèle de l’AMF avec un pouvoir de surveillance, de sanction et de régulation“, avance-t-il.

Hasard du calendrier, le gouvernement et sa majorité parlementaire s’attaquent justement à la régulation bancaire ce mardi. L’Assemblée va examiner pendant deux jours le projet de loi signé Pierre Moscovici. Outre la question de la filialisation bancaire, ce texte ambitionne de limiter la spéculation. Dans cet esprit, le député PS du Lot, Jean Launay avait cru bien faire en déposant un amendement pour limiter la spéculation sur les produits agricoles. Bilan : un avis défavorable du gouvernement et de la rapporteure, Karine Berger. L’élu socialiste ne désarme pas et compte le redéposer en séance publique, formulé autrement. “Au moins, cette affaire Findus nourrira mon intervention”, plaisante-t-il.

Le gouvernement souffre-t-il donc d’une crise subite et passagère de schizophrénie ? D’un côté, il rejette une tentative de régulation de la spéculation agricole ; de l’autre, il envoie ses ministres sur les plateaux télé et radio pour répéter qu’il “faut sortir du brouillard” et qu’il y aura des “sanctions”.

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Lire l’article entier de Matthieu Deprieck à la source. (33 commentaires.)