Quelle politique économique ?

On entend beaucoup de choses sur la politique économique menée par le gouvernement actuel. Certains se laissent abuser pas les scoops des journalistes qui chaque jour changent de thème et ne permettent pas une vision à moyen ou long terme. On parle de politique de l’offre, de social-démocratie ou encore de social-libéralisme. En fonction du bord politique, les commentaires vont bon train. Certains qui se disent à gauche n’hésitent pas à en rajouter dans l’outrance : « La politique menée serait pire que celle de Sarkozy.”

Le bilan Sarkozy ?

D’abord parlons un peu du passé car il conditionne en partie le présent. La politique économique de Sarkozy était injuste socialement et inefficace économiquement. Injuste socialement car elle consistait à faire des cadeaux fiscaux sans se poser la question de la progressivité de l’impôt. Ainsi la baisse de l’impôt sur le revenu ou le bouclier fiscal avantageaient essentiellement les classes moyennes supérieures et les plus riches. Curieusement, les économies n’étaient envisagées que par le prisme de la réduction du nombre de fonctionnaires sans se soucier de l’impact de ces réductions sur la vie quotidienne des Français. Ce que l’on économisait d’un bout était aussitôt dépensé par des cadeaux fiscaux aux plus riches. Sur le plan économique, la période fut difficile avec la crise de 2008. Le premier ministre de l’époque déclarait, en 2008, que l’État était en faillite. C’est pourtant à une fuite en avant à laquelle nous avons assisté. Le gouvernement a pratiqué une politique de relance. Elle consistait à investir dans des grands travaux et dans certains secteurs de la transition énergétique, malheureusement ceux où la compétition internationale était trop forte, ce qui a eu pour conséquence que ce sont les entreprises étrangères qui ont raflé la mise.
Ces investissements étaient censés augmenter l’activité, faire baisser le chômage et augmenter les rentrées d’argent de l’État par les différents impôts et prélèvements. Elle aurait pu être social-démocrate si elle s’était accompagnée de justice sociale et de redémarrage de l’appareil productif. Les résultats furent très décevants : très légère reprise économique, si faible qu’elle ne permettait aucunement de faire baisser les différents déficits.

Plus grave encore, nos entreprises continuèrent à perdre des marchés et des emplois. La dette de l’État a augmenté d’un tiers, 600 milliards de plus et la balance commerciale a continué de se dégrader. En 2011, les banquiers, les grands gagnants de cette période, commencent à s’inquiéter. Leurs créances juteuses pourraient ne pas être remboursées. Sarkozy arrête sa politique de dépenses et se lance dans une augmentation des impôts : non indexation de l’impôt sur le revenu, suppression de la demi-part des veuves, etc… Il finit même par supprimer le bouclier fiscal, mesure phare de sa campagne de 2007. Globalement Sarkozy a favorisé les rentiers et détruit l’appareil productif c’est à dire le travail.

Les avancées depuis 2012

Dans ce contexte, François Hollande est élu. Plusieurs mesures seront prises rapidement. D’abord, plus de justice sociale avec une augmentation de la progressivité de l’impôt sur le revenu et la fameuse tranche à 75 %.
Cependant, cela s’est accompagné par la poursuite de l’augmentation de la pression fiscale qui a touché des personnes jusqu’alors épargnées par l’impôt sur le revenu. Il a été aussi mis fin à la suppression de fonctionnaires dans le domaine de la santé, de la sécurité et de l’éducation, jusqu’à recruter de nouveaux postes dans ces trois domaines qui préoccupent le plus nos concitoyens après des années de dégradation. Enfin, rapidement, il a été nécessaire de faire face aux difficultés structurelles de notre économie en particulier à celle des PME, de l’agroalimentaire et de l’industrie.

C’est la mise en place du CICE dont la vitesse de croisière ne sera atteinte qu’en 2015. Le but est de cesser de voir disparaître notre industrie et notre appareil productif. Cette politique s’est accompagnée de mesures de justice : lutte contre l’évasion et l’optimisation fiscale, séparation des activités bancaires et lutte contre les paradis fiscaux. Nous avons été attentifs aus faibles revenus par diverses mesures comme le maintien du régime de retraite avec l’indexation des pensions en dessous de 1200 € ou l’augmentation des faibles rémunérations par la suppression de la plus basse tranche d’impôt sur le revenu et une baisse des cotisations sociales. Un article récent du monde précisait d’ailleurs que 75 % des hausses d’impôts ont été payées par 20 % des Français les plus riches. Certains trouveront ces mesures trop timides mais elles vont dans le bon sens en favorisant ceux qui travaillent dans des métiers souvent pénibles et difficiles.

Cette politique de redressement de notre industrie, de nos comptes publics dans une dose de justice sociale est la marque de ce Gouvernement. Elle me paraît responsable et nécessaire. Elle ne porte pour l’instant pas ses fruits, le chômage ne baisse pas, l’activité industrielle n’est pas repartie, le taux de croissance reste faible et le déficit quoique en diminution reste préoccupant malgré les 50 milliards d’économie. Je suis conscient de ces difficultés qui pèsent depuis trop longtemps sur nos concitoyens.

À côté du secteur classique d’autres modes d’organisation, coopératives, circuits courts et relocalisation de l’économie sont des expériences intéressantes qui peuvent faire vivre de nombreuses personnes. Elles peuvent servir d’inspiration pour construire un monde plus juste et plus équitable. Ces expériences sont-elles généralisables ? L’avenir nous le dira mais le vote de la loi économie sociale et solidaire a permis de sécuriser juridiquement de nombreuses pratiques.

Gauche et droite une réelle différence

D’autres politiques sont possibles. La première est celle du principal groupe d’opposition, l’UMP. Il propose de retarder le départ à la retraite à 65 ans pour 45 ans de cotisation, de « rénover » ou détruire le code du travail en particulier les licenciements, de mettre fin aux 35 heures, au salaire minimum et faire 50 milliards d’économies diverses en supprimant notamment de nombreux emplois dans les services publics. On peut supposer qu’il y a un peu de gesticulation dans tout cela mais le cap est donné, c’est celui qu’avait suivi en son temps Margaret Thatcher. D’ailleurs son grand thème actuel est « l’insupportable pression fiscale ». Quand on sait qu’il a largement contribué à l’augmentation de la dette et de la pression fiscale, cela peut prêter à sourire. La récente loi, proposée par l’UMP et discutée le 9 octobre dernier proposait ni plus ni moins que l’augmentation du temps de travail à 39h, la fin du SMIC et des conventions collectives (voir sur le site). Cette politique si elle était appliquée pourrait nous amener dans un processus déflationniste.

La seconde consiste à faire croire que l’argent et les dettes ne sont pas un problème. Il suffit de prendre aux riches pour donner aux pauvres. Cette politique nécessite de sortir de l’économie mondiale, à moins de réussir à la changer dans le monde entier, et peut entraîner de graves désordres tant sociaux qu’économiques par exemple avec l’implosion du système bancaire. Devons-nous prendre ce risque ?
Je n’ai pas fait campagne sur ce thème car je ne crois pas que ce soit la solution. Elle est portée par des hommes politiques marqués par un sentiment nationaliste, regrettant la France éternelle et d’un conservatisme au niveau institutionnel. L’Etat français étant considéré comme un horizon indépassable.

Enfin, la dernière option, qui n’est pas la moins dangereuse, consiste à vouloir voir le reste du monde comme une menace et se réfugier dans les frontières dites nationales. Les difficultés actuelles sont la faute des autres qui viennent nous pomper nos sous. Tel le fantasme d’étrangers qui à l’heure de la retraite venue viendraient dans notre pays toucher une retraite pour laquelle ils n’ont pas cotisé. Comment peut-on croire des balivernes pareilles ? Cette proposition est assortie d’un départ de l’Europe actuelle, de l’euro, etc… Ce parti politique dénonce tout et son contraire, les rigidités du code du travail d’un côté et le licenciement des salariés de l’autre. Il s’agit d’un populo nationalisme que tout le monde aura reconnu mais qui devient de plus en plus dangereux et nous laisse augurer d’un monde qui sera dominé par le chaos.

Des améliorations souhaitables

Pour autant, si je soutiens globalement la politique économique du Gouvernement actuel, il ne m’empêche pas d’être critique sur de nombreux aspects. Si je trouve que le CICE est globalement une bonne mesure, je regrette que son obtention ne soit pas limitée à certaines entreprises. Il ne me paraît pas nécessaire par exemple que la banque et la grande distribution touchent le CICE. De même, je déplore l’absence de contrôles pour vérifier si ce CICE sert bien à l’innovation et à l’emploi et pas à augmenter les dividendes et les rémunérations indécentes de grands patrons. En fait, le CICE ainsi que l’impôt sur les sociétés devraient être modulables en fonction de l’utilisation de la valeur ajoutée (salaires, investissements, rémunération du capital). Je sais que des mesures inégalitaires seraient sans doute recalées par le Conseil constitutionnel mais il me semble qu’il y avait la possibilité de sécuriser juridiquement pour éviter cet écueil. C’est ce que j’ai défendu en séance avec le groupe. J’attends aussi une amplification des mesures pour les faibles salaires et les petites retraites comme la baisse de la pression fiscale par la suppression de la première tranche d’impôt qui est prévue dans la prochaine loi de finances et la baisse des cotisations sociales même si je suis plus réservé sur ce dernier point.

Ensuite, la politique européenne doit être infléchie par la fin de l’euro fort et l’augmentation de la Taxe sur les transactions financières. Il faut sortir des discours nationalistes français qui consistent à faire croire que la France est une protection face à la mondialisation. Ce discours que l’on retrouve à l’extrême-gauche et à l’extrême-droite est un leurre. La solution pour lutter contre un capitalisme financier qui est organisé au niveau mondial, c’est bien d’organiser le politique au niveau mondial. La première étape et non des moindres est de créer une Europe qui soit intégrée en terme de législation sociale et fiscale. Ce ne sont pas, hélas, les résultats des dernières élections européennes qui nous permettrons d’aller bien loin sur ce chemin mais une partie du problème est bien là. On voit bien aujourd’hui que les anciens Etats-nations qui luttent entre eux et contre l’Europe sont des obstacles à cette évolution.

Enfin, nous devons également revoir notre organisation territoriale. Le développement économique et social se fait bien souvent de manière spontanée sur le territoire avec des acteurs locaux avec ou sans acteurs extérieurs. C’est le cas dans les filières énergétiques (méthanisation, éoliens, etc) pour réussir la transition énergétique.
Il y a dans ce secteur de très nombreux emplois non délocalisables à créer, comme le montre les investissements en Bretagne dans l’éolien marin. Des expériences intéressantes se font jour dans les circuits courts et la relocalisation de l’économie, j’en ai déjà parlé. La bonne échelle pour identifier et soutenir ce type d’activité est la région.

Or , la région est aujourd’hui un nain politique et un nain financier. La région doit devenir un échelon plus démocratique avec plus de pouvoir et de capacités financières. Lorsque une région allemande investit 300 milliards pour soutenir ses PME, les régions françaises le font à 300 millions. Des évolutions sont nécessaires pour mettre sur les rails en France un État fédéral comme le sont tous les pays qui nous entourent, car la justice sociale passe aussi par une meilleure appréhension des inégalités territoriales pour permettre le développement de l’emploi partout.

J’ajouterai que ce type d’État permettra de prendre en compte la diversité culturelle, historique et linguistique des territoires ce qui est tout simplement le respect que doit un Etat démocratique à ses habitants. Pour l’instant, on est très très loin du compte en France ou le mépris, aujourd’hui largement dissimulé le dispute à la condescendance. Nous attendons un changement mais j’ai bien peur que là aussi, il ne soit très progressif. La droite n’a d’ailleurs rien fait dans les 10 dernières années. Nous aurions bien besoin d’une VIème République mais à condition qu’elle soit fédérale et décentralisée. Pas celle de Mélenchon, qui croit encore que l’État français tel qu’il est peu tout. Il faut savoir que le Conseil constitutionnel recale beaucoup de mesures d’adaptation (tel le CICE) au nom de l’égalité républicaine ….
Il est certes de droite mais tout de même. La constitution est complètement figée et inéchangeable ou presque avec la règle des 3/5 de majorité. Bref, un système bloqué. Quand je vois les journalistes nous expliquer que les politiques nationaux ont une grande importance, je souris un peu. Je dois avouer qu’il faut souvent déplacer des montagnes pour simplement prendre une souris.

Globalement, les effets de la politique économique du gouvernement tardent à venir. La souffrance, le désarroi, la perte de repères que je perçois de plus en plus sur le terrain ne reçoivent que des réponses technocratiques ou déplacées (Macron). Il convient désormais d’expliquer clairement et de faire plus pour ceux qui travaillent et gagnent peu.

Ce qui plombe le pouvoir d’achat aujourd’hui c’est le loyer. Les difficultés sont réelles pour beaucoup que je vois dans ma permanence : chômage, problème de retraite (trimestres), certains sont en grande détresse. Voilà donc dans ce monde complexe les évolutions qui me semblent nécessaires et que je défends à l’assemblée. En tout cas, je refuse totalement les analyses qui consistent à dire que la politique actuelle est la même que celle du gouvernement précédent. Je conseille à chacun d’aller voir sur mon site pour s’en convaincre la dernière proposition de loi « sociale » défendue par l’UMP le 9 octobre dernier qui a été rejeté par la majorité.