Larré. Édouard Chauviré, paysan moutardier : une initiative pour une autre agriculture

Édouard Chauviré s’est installé comme paysan moutardier à Larré il y a environ trois ans, en agroécologie. Après quinze années passées dans la maîtrise d’œuvre de chantiers publics dans la région nantaise, il décide de changer radicalement de vie, et choisit le pays de Questembert pour se réinventer. Il est alors marqué par les dynamiques qui fleurissent dans ces contrées morbihannaises et veut s’intégrer dans ce territoire d’initiatives.

Un ancien château, une ferme, un personnage de légende

En 2018, Édouard Chauviré découvre le lieu-dit Le Château, à Larré. Il s’agit d’une ancienne ferme, rénovée en bâtiment d’habitation dans les années 1990. Les terres englobent, sur 15 hectares, les ruines d’un village et d’une chapelle, des bois, beaucoup de fourrés, de clairières, un ruisseau et bien sûr, des prairies. « Redonner une activité agricole à ce lieu était pour moi un beau projet. » Les parcelles, chargées d’histoire, l’interpellent. Elles jouxtent une motte féodale datée du Ve siècle. Édouard fait ses recherches et lit que le château avait été le fief d’un certain Ambrosius Aurelianus. La légende le connaît comme le frère d’Uther Pendragon, le père du célèbre roi Arthur. Édouard tient le nom de sa ferme : les « Clairières d’Uther ».

Son projet se dessine au fil de ses expériences et découvertes. Édouard explore des pistes, apprend, est curieux de tout… « Au début, je pensais à du maraîchage, et j’étais très inspiré par la permaculture. J’ai suivi un BTS Agricole à Angers ainsi que des cours certifiés en permaculture, que j’ai complétés avec un parcours à l’installation accompagné par la Chambre d’Agriculture. J’ai eu mon diplôme en 2020, et là, j’ai enchaîné une formation longue à l’Atelier Paysan, financée par Pôle Emploi et la Région. » Il engrange les connaissances et techniques en même temps que le matériel agricole. En tant que futur cultivateur, il doit pouvoir être autonome sur des sujets aussi divers que le travail de la terre, la mécanique, l’électricité, le stockage, l’autoconstruction… Les ateliers lui permettent de fabriquer ses propres outils. « J’ai récupéré partout sur mes terrains des pièces de métal. Je les ai utilisées pour concevoir et réaliser une nacelle forestière de transport, par exemple. » L’indépendance, la polyvalence, la multiplicité des connaissances et habiletés à acquérir, tout cela le passionne et le motive. « J’ai voulu œuvrer dans l’agriculture pour la richesse de ses savoir-faire transversaux. Je voulais être dans un domaine de recherche intarissable. Revenir en milieu rural, c’est aussi, pour moi, me nourrir des savoirs de nos anciens. »

Du maraîchage à la culture de la moutarde

Au départ orienté vers le maraîchage biologique, le projet d’Édouard a évolué. Un stage chez un voisin producteur de légumes lui permet de se rendre compte que le métier est très physique, trop pour lui, qui peut avoir le dos fragile. Dans le même temps, il doit aussi se rendre à l’évidence : les maraîchers bios sont nombreux sur le secteur. Il ne se voit pas faire concurrence à ces cultivateurs et voisins, établis là depuis longtemps, et excellents dans leur domaine. « Ce qui me plaisait dans le territoire breton, c’était que les gens osaient… Il y a des initiatives incroyables, et je voulais m’inscrire dans cette mouvance. Par hasard, je tombe sur le sujet de la culture de la moutarde, quasiment disparue en France. Il n’y en a pas en Bretagne. Produire quelque chose que personne ne fait était pour moi le meilleur moyen de m’intégrer dans le paysage paysan local ! C’est donc ce que j’ai choisi. » Le choix amène toutefois son lot de difficultés : les paysans et artisans moutardiers sont peu nombreux, et ils conservent farouchement leurs secrets de fabrication. Édouard souhaite apprendre auprès d’eux, mais beaucoup de portes se ferment. Il trouvera tout de même une artisane moutardière qui l’aidera.

Il confectionne ses outils, sur-mesure, adaptés à sa pratique inédite. Il fait tout, dans les règles de l’art, et de la culture biologique : plantation, récolte, tamisage, vinaigre, maturation, conditionnement et vente. « Pour le moment, j’ai une recette, présentée en deux formats. Pour 2022, je prévois de proposer de nouvelles recettes, avec des déclinaisons autour des vinaigres — pourquoi pas de cidre, pour avoir un producteur du coin ? — et différents aromates. Je me fixe un objectif de 15 000 pots par an. »

Édouard Chauviré avance dans son projet en nourrissant les solidarités locales. Il prête des parcelles à ses voisines paysannes boulangères pour leur permettre de tester de nouveaux semis, il échange des services avec ses voisins, il reçoit des personnes en wwoofing[1], il cultive le lien tout autant que le partage et la transmission des savoir-faire paysans. « Aujourd’hui, l’agriculture a besoin de révolution. J’ai envie d’essayer de nouvelles choses, de tenter de nouveaux modes de production. J’œuvre aussi à la préparation d’un nouveau projet de culture à implanter absolument en Bretagne.»

En savoir plus : www.clairieresduther.fr

[1] Woofing : pratique bénévole qui permet à des personnes d’être hébergées et nourries en échange de travaux agricoles. Le woofing concerne les petites exploitations, en agriculture biologique. Il s’agit d’un échange humain et d’un partage.

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