Tribune – “La crise du Covid est révélatrice de l’obsolescence de la Ve République”

J’ai proposé à la rédaction de Ouest-France la publication d’une tribune concernant la crise du Covid-19 au regard des institutions de la Ve République. Celle-ci est a été publiée le mercredi 3 juin 2020 :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La crise du COVID-19 est révélatrice de l’obsolescence de la Vè République

 La Vème République repose sur un pouvoir personnalisé, incarné par un Président infaillible, relayé par une administration centralisée, dans une logique descendante. Les élus locaux sont considérés comme de simples relais de la volonté centrale. Si les formes démocratiques sont respectées, l’esprit s’en éloigne. La pratique actuelle du pouvoir n’a fait que renforcer ce travers bonaparto-technocratique.

L’adresse solennelle du Président de la République le 13 avril en est assez révélatrice. Le Président a décidé un déconfinement pour le 11 mai. Sur quoi a reposé cette décision ? Nul ne le sait vraiment. Les ministres sont sommés d’appliquer et le conseil scientifique se soumet, lui qui préconisait pourtant une reprise de l’école en septembre. En y regardant de plus près, nous avons eu là un exercice hors-sol du dirigeant qui prend des décisions sur le fondement de son intime conviction comme s’il était omniscient et infaillible.

La méthode française interroge, il ne s’agit pas pour l’exécutif de co-construire et fédérer les synergies mais de faire appliquer ce qui aura été décidé dans les ministères. Certains diront que c’est un gage d’efficacité dans une période de crise. Or, ce type de fonctionnement est celui qui est adopté par l’administration en temps normal et dont la démonstration de l’inefficience a gagné en consistance durant cette crise. La gestion dans la durée des stocks de masque en est une preuve : les nouvelles commandes fermes de masques de la part du Gouvernement n’ont eu lieu qu’après celles des collectivités locales et des entreprises. Pour les tests, il a fallu attendre plus de trois semaines pour que le ministère de la Santé réponde aux laboratoires d’analyses de villes et vétérinaires capables de faire de grandes séries. L’Alsace va d’ailleurs les mettre en place elle-même se substituant à l’État défaillant. Célérité et efficience ne sont pas le propre de l’administration centrale lorsqu’il s’agit d’octroyer des libertés d’action, alors qu’à l’inverse, il n’a fallu que trois jours au Gouvernement pour dessaisir par ordonnances le Parlement.

Cette crise n’est finalement que le révélateur d’un système à bout de souffle. La promesse macroniste d’un monde nouveau n’est en fait que la pérennisation du modèle de la Vème République en accentuant encore sa faiblesse. Le monde ancien, mais en plus vertical.

Pourtant, une autre façon de faire est possible et souhaitable. Les transitions économiques, énergétiques, agricoles et écologiques sont des enjeux formidables. C’est notre nouvelle frontière. Le changement induit par ces transitions sera comparable à ce que nous avons vécu dans les trente glorieuses. Pourtant, le monde de la finance est favorisé, l’impôt sur la fortune est supprimé mais les investissements dans les énergies renouvelables sont laborieux et il faudra batailler ferme pour qu’ils ne soient pas encore amoindris. Le Gouvernement s’est ainsi refusé à consentir une éco-conditionnalité des 20 milliards d’euros d’aide aux grandes entreprises en difficulté.

Les objectifs de cette nouvelle frontière ne seront atteints qu’avec le renforcement de l’autonomie des collectivités locales au premier rang desquelles les régions ont montré leur capacité à s’organiser en toute souplesse, à pallier certaines déficiences de l’État dans la fourniture des masques et protections diverses ou encore à mettre en place

des fonds d’accompagnement des tissus économiques locaux tel qu’en Bretagne ou en région Grand Est. Elles ont été plus réactives et ont su fédérer. Elles font preuve d’innovation et mettent en place des plateformes d’approvisionnement pour les circuits courts, pourtant avec des moyens limités et souvent en évitant les obstacles de l’administration centrale. Elles sont proches des citoyens car à portée d’engueulade. C’est bien ce qui manque à nos décideurs parisiens qui ne sortent de leur tour d’ivoire que pour s’offrir une fenêtre médiatique.

Cette crise révèle également la confusion des pouvoirs que dénonçait Montesquieu. Une telle concentration des pouvoirs au sein de l’exécutif est à remettre en cause. Cela nécessite de revoir nos institutions en redonnant du pouvoir au Parlement pour le rendre véritablement indépendant du pouvoir exécutif. La démocratie c’est l’équilibre des pouvoirs entre exécutif et législatif, entre le centre et les territoires. Y parvenir est notre horizon pour renouer avec l’efficacité publique.

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