Christophe Baron, agriculteur bio : l’adéquation entre éthique et goût d’entreprendre

La ferme de Brandéha de Christophe Baron est passée au tout bio il y a quelques années. Récit d’un cheminement intérieur et sur le terrain, d’un agriculteur d’aujourd’hui.

La ferme, Christophe Baron l’a toujours connue. Il a grandi dans l’exploitation familiale, d’abord tenue par ses grands-parents puis par ses parents. À 15 ans, il part au lycée La Touche pour un bac professionnel agricole. Trois ans à Ploërmel, deux ans à Rennes pour un BTS axé sur la gestion agricole. « Mon premier travail a été d’être comptable  dans un centre de gestion, puis j’ai été sollicité par le MRJC (Mouvement rural de jeunesse chrétienne) au niveau régional. »

S’enchaînent alors les voyages, les visites, les expériences, les échanges… Quand en 1986, son père décide de prendre sa retraite, l’évidence de la succession est là. Christophe Baron se laisse une année sabbatique pour préparer son installation et faire un voyage en Amérique du Sud. « Cette période, ce choix, c’est un excellent souvenir. C’est passionnant de mener des projets ! »

En 1988, il reprend officiellement l’exploitation familiale. Jusqu’en 2002, il travaille avec un associé, en ferme traditionnelle, dans la lignée des habitudes et des usages conventionnels. Peu à peu, les méthodes de travail évoluent vers un système plus autonome qui débouche sur l’envie d’un nouveau projet : effectuer une conversion bio.

Passer à la bio, un nouveau métier

Le choix de l’agriculture biologique a conduit Christophe Baron à repenser intégralement sa pratique : « Il a fallu redimensionner la ferme, investir dans de nouveaux bâtiments… C’était presque un changement de métier ! »

Des efforts qui découlent d’une évidence, de l’aboutissement de prises de conscience, au fil des années. Dix ans plus tôt, lors d’une formation professionnelle, les problématiques évoquées le faisaient douter de sa pratique. « J’avais aussi un problème avec la pulvérisation de pesticides et autres produits chimiques, avec l’alimentation des animaux… »
Cela le trouble de nourrir ses vaches avec du soja et du maïs importés d’Amérique du Sud. « Faire venir des protéines de l’extérieur m’a toujours paru incohérent. Et l’idée d’exploiter les pays du Sud me gênait profondément. »

Les retrouvailles avec un ancien collègue étudiant travaillant en bio sont le détonateur : « Seul, j’aurais eu du mal à franchir le cap. » Ils s’associent pour deux ans, le temps de se lancer.

Ensuite, l’un de ses beaux-frères, Hervé, le rejoint. Il n’avait rien à voir avec le métier d’agriculteur puisqu’il travaillait à La Poste depuis vingt-quatre ans. En 2009, son cousin Sébastien vient s’associer, suivi en 2012 d’une quatrième personne, Christian, le frère de Sébastien. L’exploitation s’est transformée du tout au tout, laissant toutefois perdurer ses racines familiales.

De la bio… à la présidence de Biolait

« J’avais une conviction : on ne pouvait pas développer la filière bio comme la filière conventionnelle. Il fallait trouver une structure de collecte qui ne soit pas liée à une seule usine , afin de diversifier les débouchés et d’organiser les producteurs. »

C’est ce que proposait Biolait, un groupement national de producteurs solidaires, et c’est pour cela que Christophe Baron s’engage à ses côtés. Un engagement qui perdure, car il en est depuis six ans le président.

« D’une critique du système, nous sommes passés à une structure offrant un vrai service aux industries. C’est cela qui fait la force du mouvement aujourd’hui. » Biolait fait de la solidarité son fer de lance : garantir un prix identique au producteur quelle que soit sa région, maîtriser les volumes mis sur le marché, maintenir de la production laitière sur l’ensemble du territoire…

Christophe Baron pourrait aisément multiplier les arguments en faveur du groupement.

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Faire de la bio : un gain de liberté

« Faire de la  bio, c’est s’affranchir de la chimie. C’est utiliser les ressources du climat, du sol, des animaux pour que tout s’harmonise et que l’on produise une nourriture saine. » Pas d’OGM, pas de pesticides et une prise d’antibiotiques limitée, très réglementée et suivie.

Le GAEC de Brandéha travaille avec la rotation des cultures, raisonne sur le respect des cycles et utilise des soins alternatifs pour les animaux (aromathérapie, homéopathie…).
« Avec cela, on produit autant de lait par vache que du temps de mes parents ! » souligne l’agriculteur. Faire les choses avec ce que permettent le sol et le climat, voilà la clé. Il va plus loin : « Pour moi, c’est une vraie liberté, car on se réapproprie tout. Ce n’est pas un technicien qui vient pour nous conseiller et nous apporter des produits. C’est nous qui réfléchissons. »

« Nous ne sommes pas de doux rêveurs »

Si du point de vue éthique, Christophe Baron s’y retrouve, il en est de même du point de vue économique. « Nous ne sommes pas de doux rêveur, nous vivons bien de notre activité », affirme-t-il en souriant.
Le lait est son activité principale avec un troupeau mêlant de magnifiques normandes, holsteins, brunes des Alpes et montbéliardes, qu’il complète avec une commercialisation locale et directe de bœufs à herbe, la revente de maïs grain à des céréaliers bio et la fabrication de jus de pomme et de cidre, bio évidemment, grâce à deux hectares de verger.

Quant au système actuel en crise, il ne le dénonce ni ne le condamne. Il constate simplement, sans chercher à proposer de solution miracle : « Le système que l’on nous a tant vanté est dans l’échec. Je ne dis pas que la bio est une solution facile pour tous, mais simplement que ce peut être une voie pour poursuivre dans le métier. »

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