Enjeux agricoles. Rencontre avec la Confédération Paysanne

Comme je le fais régulièrement avec les syndicats agricoles, j’ai rencontré, à leur demande, les dirigeants de la Confédération Paysanne. Un menu copieux puisqu’il s’agissait de partager sur la future PAC (Politique Agricole Commune) et les choix de la Région Bretagne.
La PAC est définie au niveau européen. Au départ, il s’agissait de moderniser l’agriculture pour augmenter la production de façon à nourrir une population en croissance. La production a considérablement augmenté et la PAC a dû tenir compte de la gestion des volumes.
Aujourd’hui, La PAC tient compte des problèmes environnementaux. C’est ce que l’on appelle le verdissement de la PAC.
La PAC est aujourd’hui en rediscussion. Tous les 6 ans, elle est remise en cause et adaptée en fonction des besoins et des enjeux.
Les enjeux sont importants. L’un des plus importants à mes yeux est de permettre aux paysans de vivre décemment de leur métier. La question des prix payés, de la gestion des volumes et de la répartition de la valeur ajoutée doit être au cœur des discussions. Il ne faut pas oublier que la part de l’alimentation dans les revenus des ménages n’a cessé de baisser depuis les années 60. Dans les années 60, 30 % des revenus d’un ménage étaient consacrés à l’alimentation. Aujourd’hui, ce n’est que de 12 % environ.
Comment vivre décemment avec des prix toujours plus faibles ? La question des aides publiques a été posée avec le soutien aux petites exploitations : surprime au 52 premiers hectares et plafonnement des aides.
Il a aussi été question des retraites agricoles. Nous avons voté récemment une loi permettant aux agriculteurs de toucher 1000 € par mois de retraite pour une carrière complète et tous revenus confondus. Il faut maintenant que cette loi soit votée au sénat. Ce serait une avancée limitée mais bonne à prendre pour de nombreux agriculteurs.
Le deuxième enjeu concerne la souveraineté alimentaire. Une partie de nos productions dépendent d’approvisionnements extérieurs. C’est vrai pour le soja dont la production a des effets délétères sur l’environnement. Certaines productions animales sont largement importées comme par exemple le poulet destiné à la restauration hors domicile.
La question de la souveraineté alimentaire est politique et stratégique. Le vote d’une loi empêchant certaines sociétés étrangères de s’accaparer les terres est demandée. Les tentatives ont pour l’instant été rejetées par les juristes du Conseil Constitutionnel mais les députés travaillent à une autre loi.
La confédération demande à ce que l’agriculture soit sortie des négociations internationales de traité de libre-échange. Cette demande est unanime chez tous les syndicats FNSEA et Coordination comprises. Je rappelle que j’ai voté contre le traité de libre-échange avec le Canada, le CETA.
Pour pouvoir être souverain, il faut aussi une agriculture riche en hommes et femmes compétents. Alors que de nombreux agriculteurs vont partir à la retraite, l’installation de nouveaux agriculteurs, avec toutes leurs diversités, est un enjeu primordial.
L’agriculture change, se diversifie. Par exemple dans le Morbihan, un tiers des installations se fait en projet dit « atypique » : paysan boulanger, maraîcher, plantes médicinales, etc…
Enfin, le troisième axe concerne les questions environnementales. Aujourd’hui ces questions sont particulièrement importantes et reviennent régulièrement sur le devant de la scène. Un certain nombre de points ont été débattus comme la relocalisation des productions. Mais aussi des questions plus polémiques comme la sortie des pesticides avec la nécessité de développer la recherche pour se passer de ces produits.
Les MAEC (mesures agrienvironnementales et climatiques) et les aides à l’agriculture biologique sont jugées importantes pour réorienter l’agriculture. Le but est de faire des produits identifiés à forte valeur ajoutée et de préserver l’environnement par la reconquête de la biodiversité. Il reste beaucoup à faire mais certains résultats sont encourageants.
Ainsi, la Bretagne est la seule région d’Europe à être sortie des contentieux nitrates. Les récentes polémiques sur les algues vertes ne doivent pas faire oublier que le volume est passé de plus de 150 tonnes an à quelques tonnes. La récente pollution sur la côte sud, assez inédite, pourrait avoir une origine liée au défaut d’assainissement des habitations.
Cette rencontre permet de noter les nombreux points de convergences que nous pouvons trouver entre les différents syndicats agricoles présents en Bretagne (FRSEA, Coordination). Certes, il existe des nuances sur la rapidité de la transition, sur le choix des mesures mais l’établissement d’un consensus est possible sur de nombreux points et souhaitable pour peser sur les futures orientations de la PAC et assurer aux agriculteurs des revenus qui tiennent compte de l’importance de leur rôle dans la société.

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